La porcelaine rajeunit
Extrait de la revue Teritoria - Le Magazine
Réveiller le passé par une modernité créative, entretenir le lien
entre tradition et nouveaux usages gastronomiques et sociaux : les maisons d’édition d’arts de la table comme la nouvelle garde du design bousculent les codes pour réinventer la porcelaine, avec l’excellence en ligne de mire.
Ecrit par Delphine Cadilhac

Eugène Griotte, l’art et la matière
Lancée en 2018 par Camille Le Chatelier, la marque se singularise par une connotation très « XIXe siècle ». Quatre ans plus tard, Eugène Griotte s’incarne en un atelier-boutique de fabrication artisanale d’objets en porcelaine, dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris. Un lieu d’expression, de production mais aussi de partage et d’initiation au travail de la porcelaine.
Fascinée depuis sa spécialisation en 2014 et un séjour à Jingdezhen, capitale ancestrale de la porcelaine chinoise, par ce matériau complexe « à l’histoire très mystérieuse, arrivé très tard en Europe», la créatrice aime rappeler que sous son apparente finesse et fragilité, il est extrêmement dur – réduisant beaucoup à la cuisson – et empreint d’une plasticité particulière. Avec une approche quasi scientifique de sa conception – elle teste énormément la matière – Camille Le Chatelier travaille en coulage, une technique assez peu pratiquée dans l’univers artisanal, car exigeant préalablement la fabrication de formes en plâtre pour y couler la terre liquide. Animée par une réflexion sur les habitudes face aux pièces usuelles, décoratives ou aux bijoux, la créatrice imagine de manière décalée de
nouveaux objets, de nouveaux gestes, par son travail de sculpture autour des formes – géométriques ou plus douces – revisitant et détournant ainsi des styles désuets, anciens, comme dans sa collection « Matins éternels ». Créant ses motifs aléatoirement en coulant dans la masse, elle instaure un dialogue entre la forme initiale et la réaction de la matière à ce coulage : issue d’un même moule, chaque pièce est pourtant et de ce fait, unique. Travaillant majoritairement les contenants, l’atelier Eugène Griotte se prête aux collaborations avec des créateurs de son quartier, artistes, designers, bijoutiers ou,
comme dernièrement, le studio de création florale Osez Joséphine, avec la réalisation du vase Bebop à facettes.


Extrait de revue Teritoria p.66
