Portrait d'atelier - Par Jennifer de la Semaest

Crédit Photo : Matthieu Gauchet

Après plusieurs années passées à Aubervilliers au sein de l’atelier collectif qu’elle a cofondé, Le Houloc, Camille Le Chatelier vole désormais en solo, depuis son nouvel atelier, Eugène Griotte, inauguré début octobre dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Entre ces murs, l’artiste diplômée des Beaux-Arts de Paris et de l’ENSA Limoges poursuit la création d’objets faits main, au gré de ses inspirations… Avec un amour particulier pour la porcelaine.

Matière reine

Cette « terre » non-naturelle, fabriquée par la main humaine à partir de kaolin, de quartz et de feldspath et utilisée depuis plusieurs siècles pour sa finesse et sa dureté, passionne Camille Le Chatelier. La jeune femme a d’ailleurs peaufiné ses connaissances en la matière lors d’un long séjour à Jingdezhen, capitale ancestrale de la porcelaine chinoise, pendant ses études. « J’aime associer différentes matières, mais j’ai un intérêt plus marqué pour la porcelaine, confie-t-elle. Ce sont son esthétique, avec son blanc qui fascine depuis toujours et la possibilité de décor qu’elle offre, mais aussi et surtout ses propriétés qui m’attirent. »

L’artiste a une approche quasi-scientifique de la matière. Elle l’étudie, la travaille, la teste, et ajuste ses actes en fonction des expériences qu’elle mène. Un vase, par exemple, peut exiger six mois de prototypage et deux à trois semaines de travail supplémentaires, entre tirage, séchage et cuissons, jusqu’à parvenir à l’objet fini. « La porcelaine est un matériau très exigeant. Il faut être très précautionneux quand on la travaille, car elle a une mémoire de forme qui ne pardonne aucune déformation », explique Camille Le Chatelier.

Et puis, avec une grand-mère qui pratiquait la peinture sur porcelaine, il y avait déjà une certaine fibre qui l’a sans doute (un peu) encouragée à délaisser sa carrière dans des cabinets comptables pour se reconvertir dans l’art. « Finalement, c’est par un cheminement tout à fait naturel que je me suis tournée vers la création », raconte la fondatrice de l’atelier Eugène Griotte.

De l’ancien et de l’ingéniosité

La jeune marque propose plusieurs objets du quotidien, comme des pots à brosse à dent et des porte-savons de la collection « Histoires d’Eau », des tasses « La Part du Voyageur » et même des bijoux, de la collection « Télégraphe ».

Loin de coller à la gamme classique du céramiste, Camille Le Chatelier travaille selon ses inspirations, marquées par les formes anciennes auxquelles elle veut insuffler une part d’ingéniosité. « Étant issue du monde de la sculpture, je voulais créer des objets praticables. Certains sont classiques, pourrait-on dire, et d’autres sont plus spéciaux », résume Camille Le Chatelier.

Dernièrement, elle a par exemple travaillé sur un service de verres à liqueur et son plateau en forme de jeu tangram. « J’ai demandé à un artiste d’écrire les règles du jeu pour le côté symbolique et la dimension imaginaire que je souhaitais créer autour de ce moment qu’est l’apéritif. Une idée qui m’est venue pendant le Covid », détaille-t-elle.

Un atelier ouvert à tous

Si elle s’exprime à travers ses objets, Camille Le Chatelier veut aussi partager son art avec le plus grand nombre. Et faire connaître les techniques méconnues qu’elle emploie, comme le travail par moulage. Raison pour laquelle elle a souhaité ouvrir son propre atelier. « Je voulais pouvoir accueillir tous ceux que cela intéresse », assure l’artiste.

L’atelier Eugène Griotte est donc ouvert à tous. Il suffit de prévenir par mail ou par téléphone avant de passer, « juste pour s’assurer que je serai bien présente sur place », précise Camille Le Chatelier.

L’artiste a d’ailleurs pensé l’espace pour qu’il soit le plus flexible possible, avec des postes de travail mobiles qui s’adaptent aux besoins du moment. Tout en restant accessible aux personnes à mobilité réduite.
 

Atelier Eugène Griotte
42 rue Polonceau, 75018 Paris
www.eugene-griotte.fr

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